" L'art peut (aussi) être une barricade."
"(...) que cela réapparaisse (...) , il y a des moments donnés où, collectivement, spontanément, un certain nombre de personnes se lèvent ensemble pour dire non (...) et monter des barricades. Des objets éphémères, bouleversants de beauté. J'appelle à les regarder comme des déclarations politiques autant que comme des oeuvres d'art (...).
Une barricade, c'est une grande sculpture collective faite de toute pièce, inventée sur le tas, improvisée et anonyme. Elle est plus importante symboliquement que militairement. Un simple bulldozer peut la dégager. Seulement c'est l'expression collective d'une rage poético politique qui m'importe au plus haut point. C'est une sorte de happening qui se concrétise dans un objet très composite. La barricade constitue un monument, un objet gigantesque, incongru, qui rend compte de "désir fou", individuel et collectif. Elle rend visible le refus, la révolte, le soulevement, la résistance, la créativité tribale. (...)
La barricade est une expression beaucoup plus grandiose (que le syndicalisme moderne), beaucoup plus spontannée et beaucoup plus forte. La barricade agit en dehors de toute co-gestion, elle se situe un autre réel, mille fois plus enthousiasmant.
C'est en ce sens qu'elle me parait être un non-dit social, et d'une subjectivité radicale. Bref, une oeuvre d'art.
Mon exposition a pour finalité de s'ériger en barricade.
Et n'oublions pas qu'au coeur de tout art digne de ce nom, il y a l'énigme de l'indicible, ce que Breton nommait " l'infracassable noyau de nuit ". Voilà pourquoi l'art est irréductible au marché et à tout ce qui cherche à l'industrialiser, l'inféoder..."
Extrait d'une interview de Jean-Jacques Lebel, artiste plasticien, parue sur www.article11.info le 15 mai 2009.